"Le temps file à une vitesse", "il me faudrait des journées de 48h", "ralentissons les aiguilles de l'horloge"...bref, on a toujours l'impression que le temps n'est pas constant, qu'il peut filer comme s'égréner bien trop lentement. Et ce qui nous permet de constater que le temps passe, c'est l'évolution de notre corps. Du moins, c'est ainsi que l'aborde Daniel Pennac dans Journal d'un corps, paru en 2012.

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Monsieur Pennac est un auteur facétieux. Que ce soit dans ses romans, ses essais ou son autobiographie, il aime manier l'humour comme sa plume: le rire est léger et passe par l'adroit usage des mots.L'incipit du roman ne déroge pas à la règle. Le personnage principal vient de mourir et il adresse à sa fille une lettre où il lui confie tous les carnets qu'il a tenu au cours de sa vie. Pour déroger à la règle du journal intime, le journal tenu ne concerne pas les états d'âme du narrateur, mais le fonctionnement de son corps ainsi que son évolution. Pour cela, le personnage inscrit les petits bobos, les cm pris (on ne dira pas tous les endroits qui ont été "mesurés" par le personnage ^^) et les changements qui lui arrivent de 1936 (année de ses 12 ans) à 2010.

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Ce livre est une pure réussite!!! Bon, j'avoue que cet avis est totalement subjectif mais tant pis. Après tout, je n'ai pas à être aussi mesurée et pompeuse que le jury du prix Goncourt sic. Déjà, il est appréciable de changer du format "roman". On lit et découvre l'évolution du personnage, ses joies et déceptions amoureuses, la constitution de sa famille, la perte des gens qu'il aime...mais tout cela est distillé sous la forme d'un journal intime. Cela se rapproche un peu de la vie réelle quand on voit un ami quelques fois par an et qu'on se fait un briefing de nos vies respectives. Pennac sait aussi adapter sa manière d'écrire à l'âge de son personnage et à son époque. Le journal permet également de brosser un portrait de la société française et de ses changements au cours des années. Le personnage a été résistant pendant la deuxième guerre mondiale, a eu un père qui a été soldat pendant la première guerre mondiale, a eu une grande carrière en entreprise, a fait la tournée des écoles pour parler de la résistance...une vie palpitante et bien remplie. On part aussi de la découverte d'un corps et du choix des mots pour toucher au plus près de cette réalité "corporelle". Il y a même des éléments sur le corps que je ne connaissais absolument pas...comme quoi, je me suis endormie moins bête ce jour-là. Et il y a une pléthore de citations que l'on aimerait retenir. Celle qui m'a fait éclater de rire vient de Mona, la compagne du personnage principal qui lui "Confiez moi cette virgule que j'en fasse un point d'exclamation!" (avouez que ce langage est bien plus sensuel que le "jte baise" hurlé par certains de mes collégiens dans la cour de récré sic).

Pour couper court à mon bien trop long compte-rendu sur ce roman, n'hésitez pas à plonger votre museau - voire votre corps entier - dans cet excellent ouvrage de sieur Pennac. Sur ce, bonne lecture!

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