Si je vous ai déjà parlé des livres que l'on choisit par coup de coeur, il y a aussi les livres ou les auteurs qu'on évite ou qui ne nous plaisent pas au premier abord. Et le pire, c'est qu'il n'y a pas forcément de raison. Pour ma part, c'était le cas avec Douglas Kennedy. Je ne peux même pas vous dire pourquoi; est-ce parce que le nom ne me plaisait, que j'avais lu une 4è de couverture qui m'avait moins inspiré...mystère. Mais, il y a eu ma super collègue prêteuse de livres qui a trouvé mon point sensible: Berlin. Et m'a prêté un roman de Douglas Kennedy parlant de Berlin...Cet instant là. Alors, je peux le dire: super collègue, tu es la meilleure pour les choix de lecture!!!

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L'histoire est celle de Thomas Nesbitt, écrivain New-Yorkais qui, hanté par son passé familial, refuse de s'attacher en amour et préfère parcourir le monde afin de découvrir d'autres cultures, d'autres langues, d'autres habitants pour en faire des romans. Au début du roman, on retrouve Nesbitt à 50 ans, en pleine procédure de divorce, venant de perdre son père, père lui-même d'une jeune étudiante qui l'adore et perdu. Et comme il est perdu, il se remémore les raisons qui font qu'il en est arrivé à ce point-là. C'est pendant ces jours de réflexion qu'il reçoit un colis. Lorsqu'il l'ouvre, Thomas Nesbitt se retrouve replongé 30 ans en arrière, à Berlin, en 1984, face à Petra Dussmann.

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Cet instant-là...le titre est bien choisi car tout au long du roman il est question de "l'instant précis où". En effet, à partir de quand décide-t-on d'ériger un mur séparant un même peuple? A partir de quand décide-t-on de jouer un double jeu en sachant que cela va mener à la catastrophe? Pourquoi en un instant, le pur bonheur bascule dans l'horreur. Thomas Nesbitt est confronté à toutes ces questions tout au long de l'histoire.

Douglas Kennedy a réalisé un superbe roman...et les trois fameuses raisons font que vous aussi vous allez avoir (j'espère) envie de lire cet ouvrage.

1) si vous êtes germanophile (et oui, il y en a qui aime la culture allemande ^^), vous ne pouvez qu'apprécier Cet instant-là. On retrouve même quelques citations en allemand ...qui sont traduites je vous rassure. Comme cet citation de Luther "Wie bald "nicht jetzt" "nie" wird?"/ A partir de quand le "pas maintenant" se transforme-t-il en "jamais"? Cette citation est en quelque sorte un fil conducteur dans ce roman.

2) pour Berlin et notamment pour ce Berlin des années 80 et de la Guerre Froide. J'ai visité Berlin il y a quelques années et j'étais surprise de voir que tous les éléments de la guerre froide et de la séparation de Berlin en 2 étaient minimisés ou avaient carrément disparu. Le roman permet alors de découvrir l'agencement et l'atmosphère de Berlin par rapport au mur. On y découvre des descriptions des postes de douane, des prisons est-allemandes et des moyens mis en place pour interroger les suspects en RDA. A Berlin-Ouest, on redécouvre des quartiers qui n'ont plus la même atmosphère aujourd'hui. Le personnage de Nesbitt se rend deux fois à Berlin en 1984 et en 2011 et lui-même prend acte des changements massifs de la capitale allemande et de sa volonté de faire oublier le mur.

3) Même si une grande partie du roman se passe en Europe, Douglas Kennedy nous propose aussi une vision des Etats-Unis et des Américains telle qu'il la conçoit. Il livre aussi au travers de la galerie de personnages qu'il décrit les opinions des Européens face aux Américains pendant la Guerre Froide. Et, pour ma part, ça a été super intéressant de découvrir cet élément dans le roman.

Je ne disserte pas plus car il y aurait vraiment de quoi argumenter sur ce roman. Ce qui est sûr, c'est que Cet instant-là est aussi intéressant du point de vue de l'intrigue que du point de vue historique. Et promis, je rassure les réfractaires à l'histoire: les apports historiques sont distillés tout au long du roman et ne sont pas "chiants" du tout. En tout cas, je le mets sur la liste des romans pour lesquels j'ai eu un coup de coeur ^^.

Sur ce, bonne lecture!