Quand on aime lire aujourd'hui, c'est parfois une confession aussi pénible à faire que de dire qu'on a une addiction atroce à la cigarette ou à l'alcool. Vous ne me croyez pas? J'ai déjà eu trois réponses véridiques face à ma phrase "j'adore lire":

1) Mais arrête de lire, tu vas te casser les yeux! (une tante éloignée lors d'une visite familiale où tu veux pas aller)

2) Mais ça sert à rien de lire, c'est pas la vraie vie ça! (là, je peux vous citer plein de gens...qui, bizarrement, n'ont pas une meilleure vie que vous pour autant, mais c'est tellement bien de chercher un défaut chez les autres)

3) Pfff...pourquoi un livre alors que tu as les livres numériques et les ordi avec beaucoup plus de mémoire?! (en gros, tous les gens qui sont nés après moi)

Toutefois, au lieu d'incendier tous ces réfractaires de la lecture (on peut pas toujours râler quand même ^^), je me suis demandée pourquoi ceux qui n'aiment pas lire ont une telle appréhension lorsqu'ils se trouvent face à l'objet livre. Et ma réponse, je l'ai eu dans l'essai de Daniel Pennac, Comme un roman, paru en 1992.

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Né en 1944, Daniel Pennac est un auteur prolifique, qui ne peut être rangé dans aucune catégorie. Se décrivant lui-même comme un ancien cancre (je vous ferai un article de son roman Chagrin d'école, où il décrit son parcours de "cancre" une prochaine fois), ayant été prof de français, écrivain pour enfants comme adulte, acteur au théatre, il est assez inclassable. Dans Comme un roman, Daniel Pennac s'interroge sur ce qui fait qu'un enfant par rapport à un autre, aime ou déteste lire. Et ce qui est plaisant, c'est que cet essai n'est pas un vrai essai dans le sens où Pennac n'est pas quelqu'un utilisant un style ronflant qui fait que l'on s'ennuie au bout de 10 lignes. Au contraire, c'est un essai que j'ai lu plusieurs fois et qui, avec l'humour de l'auteur, peut rappeler pas mal de souvenirs perso.

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L'image de départ est celle que je retrouve au collège parfois: des ado qui m'avouent ne pas aimer lire. Soit avec une pointe de culpabilité comme si la société allait les punir de cela ou avec une touche de provocation comme s'ils disaient "et alors"? Le truc est alors de découvrir la cause de ce désintéressement. Daniel Pennac propose une réponse qui fait tilt: quand l'enfant est tout petit, le livre est magique et les parents sont des super héros qui ont le pouvoir magique de transfiormer des boucles et des ponts faits à l'encre en des histoires mêlant dragon, chevaliers, sorcières...et l'enfant en redemande encore et encore et se demande si, lui aussi, il va devenir un magicien et donner un sens à ces signes. Et cela devient possible avec l'école, quand il y a l'apprentissage de la lecture. Le gamin devient lui-même capable de donner du sens au mot et chaque déchiffrage de mot réussi est une victoire...et souvent un soulagement des parents qui arrêtent alors de lire les histoires le soir. Pourquoi pas...mais le problème apparaît quand les parents suivent les devoirs et veulent maintenant du sens, du rendement et non plus de la magie et des belles histoires. Traumatisme pour un minimoys de 7 ans qui se fait gronder alors qu'il cherche le mot...et ce chagrin devient dégoût voire colère face à la lecture.

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Est-ce que c'est foutu pour autant? Ben non quand même! Le tout est de réussir à passer du "il faut lire" à  "il peut lire" puis "il aime lire". Et Daniel Pennac, en tant que gars un peu farfelu, l'a fait quand il était prof de français. Il a fait fi du programme de l'institution "éducation nationale" et a décidé de lire des histoires pendant plus d'un mois aux élèves. Et il ne choisit pas n'importe quel livre...Le parfum de Süskind. Un bouquin super mais surtout étonnant rien que par ses 3 premières pages où il dérit un Paris "où tout Paris puait...le roi puait comme un bouc...". Bref, avant le résultat et la production, rechercher le plaisir de lire gratuitement.

Alors, dis comme ça c'est bien beau mais quelle est la force de cet essai qui est presque plus un roman? De faire perdre la peur face à la grande littérature...car si nous, on craint de lire Zola et de ne pas arriver au bout, on aime apprendre que Zola aussi, certains jours, sedemandait comment il allait réussir à écrire au moins jusqu'à la page 100, puis 200, voire finir ce "fichu manuscrit".

Je concluerai en disant qu'il y a un élément qui m'a donné envie de lire Comme un roman, c'est la 4è de couverture insolite, composé des 10 droits imprescriptibles du lecteur. Mon préféré est le droit 3 "le droit de ne pas finir un livre"(et c'est ce que j'ai fait avec les 3 mousquetaires ^^)

Alors, à vos marques, prêt, feu, LISEZ!!!!