Je ne sais pas comment vous choisissez le livre qui deviendra votre livre de chevet, mais pour ma part, c'est toute une expédition. Quand je me décide à partir à la recherche d'un livre, c'est toute seule et sans limite de temps. Et là je fais bientôt toutes les étagères avant de découvrir mon coup de coeur. Mais quelquefois, le livre que je choisis, je l'avais repéré il y a bien longtemps sans jamais vouloir le prendre...et le jour-là, sans savoir pourquoi, je le prends.

C'est le cas du roman Le coeur d'une autre de Tatiana de Rosnay.

coeur d'une autre

De l'auteur, je ne sais que les quelques lignes qui la présentent au début de l'ouvrage: née en 1961, cette franco-anglaise est surtout connue pour son roman Elle s'appelait Sarah qui a été adapté au cinéma en 2010 et qui est passé il y a une semaine sur France 2 (et que je n'ai pas regardé sic). En fait, je ne suis d'habitude pas très attirée par les thèmes ou la manière d'écrire de l'auteur mais ce roman ci est à part, une vraie pépite!

L'histoire est celle de Bruce Boutard, homme aigri de 42 ans, divorcé, père d'un garçon de 18 ans, exerçant un métier qu'il n'apprécie pas plus que ça, et totalement misogyne. De cette vie monotone va surgir l'aventure lorsque Bruce se découvre atteint d'une maladie cardiaque grave et se fait greffer un nouveau coeur. Mais après sa greffe, Bruce change et découvre des capacités et des goûts qu'il n'avait pas auparavant. De là sa curiosité et sa quête commencent...

Ce roman a autant réussi à me faire rire...qu'à me faire pleurer et à user deux mouchoirs en papier (ceux qui me connaissent savent que je pleure pour une chanson, un livre, un film ou devant les infos c'est tout dire...). La force de Tatiana de Rosnay est qu'elle réussit à nous rendre le personnage de Bruce Boutard attachant, alors que pendant 50 pages, on se disait qu'une distribution de baffes lui ferait du bien. La 2è force de l'auteur est sa solide culture générale: elle évoque au travers de ses personnages l'art italien, la musique classique, les connaissances médicales, cinématographiques, littéraires sans jamais assomer le lecteur. Enfin, l'intrigue nous tient en haleine jusqu'au bout: qui est Constance Delambre? Quelle a été sa vie? Quel est son secret? En quoi est-elle liée à Bruce Boutard?

Il faut également noter que le roman se déroule en 1996-1997 et cela rappelle d'énormes souvenirs. La génération de mes filleuls ne comprennent pas qu'on ait réussi à vivre sans portable, sans internet et sans GPS. Mais se posent aussi les questions liées à la greffe, au don d'organes. Le coeur d'un autre influence-t-il la vie du greffé? Si oui, jusqu'à quel point? Tatiana de Rosnay souligne dans sa préface de 2011 qu'avec l'épigénétique la science se demande si un organe qui n'est pas d'origine chez un patient transforme ses gènes...et donc ce qu'il est. Dans le roman, cette question est posée de manière littéraire mais cela sonne juste.

En bref, un livre touchant et bouleversant qui continue à nous rester en tête plusieurs jours après sa lecture.